FAVART (Charles-Simon)


FAVART (Charles-Simon) 1710-1792

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Biographie

Issu d’une famille originaire de Reims, fils d’un pâtissier en renom et de la fille d’un fermier de Goussainville, Favart fit des études au collège Louis-le-Grand qu’il quitte pour des raisons de santé. Il perd son père assez jeune et, pour venir en aide à sa mère, se consacre à l’opéra-comique. Un poème intitulé La France délivrée par la pucelle d’Orléans lui valut la Violette d’argent des Jeux floraux. Sa première pièce, Polichinelle comte de Paonfier (1732), parodie du Glorieux de Destouches, fut jouée anonymement sur un théâtre de marionnettes.
Il se consacre tout d’abord aux comédies à vaudeville, ces dialogues parlés mêlés de chansons sur des « timbres » connus du public, dont l’une, Les Deux Jumelles, jouée à l’Opéra-Comique en 1734, remporta un succès considérable.
La Chercheuse d’esprit (1741), véritable chef-d’œuvre du genre, connut un triomphe avec plus de 200 représentations et le rend célèbre. Favart excelle également dans la parodie : Moulinet Ier (parodiant Mahomet II de La Noue) est représenté dès 1739 à la foire Saint-Germain. Arlequin-Daradanus (1740, Comédie-Italienne) est une parodie de l’opéra de Rameau Dardanus, créé l’année précédente.
Jean Monnet, directeur de l’Opéra-Comique, appelle Favart comme régisseur et « directeur des pièces » en 1743. C’est là qu’il rencontre une jeune actrice, Justine Duronceray dite « Mlle de Chantilly », qui allait devenir sa femme le 12 décembre 1745 et connaître la célébrité sous le nom de « Madame Favart ».
Mais, sur la pression des Comédiens-Français, jaloux du succès d’Acajou de Favart (1744), Monnet se vit retirer l’exploitation de l’Opéra-Comique, par un arrêt du Conseil d’État du roi du 30 mai 1744. Favart, pour maintenir ses engagements envers les artistes, continue la programmation des saisons 1744 et 1745 : L’École des amours grivois est créé le 16 juillet 1744. Pour la foire Saint-Laurent de 1745, sous un prête-nom (celui du danseur anglais Matthews), il n’a droit que de donner des pantomimes, comme Les Vendanges de Tempé, qui remportent un grand succès, 1745.
Le maréchal de Saxe le charge alors, au printemps 1746, de diriger la troupe ambulante de comédiens qui le suivait aux armées : « Ne croyez pas, écrivait le maréchal à Favart au sujet de cette troupe, que je la regarde comme un simple objet d’amusement, elle entre dans mes vues politiques et dans le plan de mes opérations militaires. » Favart reste pendant cinq ans au service du maréchal de Saxe.
Favart dirige le théâtre de la Monnaie à Bruxelles, de 1746 à 1748. Le succès fut éclatant, au point que même les ennemis réclamèrent les acteurs les jours où ils ne jouaient pas devant les Français. Mais Madame Favart fut contrainte de s’enfuir pour échapper aux assiduités du maréchal de Saxe. Ce dernier tourna son dépit contre le mari qui, pour échapper aux lettres de cachet prononcées contre lui, alla se cacher dans un village des environs de Strasbourg où il vécut en peignant des éventails. Tandis que sa femme, victime elle aussi d’une lettre de cachet, était enfermée successivement dans deux couvents. Finalement, de guerre lasse, elle céda au maréchal de Saxe et les persécutions s’arrêtèrent.
Les Favart revinrent alors à Paris et connurent un énorme succès. M. Favart donna au Théâtre-Italien une série de pièces comme Annette et Lubin (en collaboration avec Mme Favart et Lourdet de Santerre), Bastien et Bastienne (en collaboration avec Mme Favart et Harny de Guerville), Ninette à la Cour, Les Trois Sultanes, La Fée Urgèle. Plusieurs de ces pièces furent écrites avec l’abbé de Voisenon avec qui l’auteur était fort lié et qui passait, écrit Léon Gozlan, « pour faire les comédies et les enfants de Favart ». Il ne faut pas oublier non plus la collaboration avec Mme Favart (Bastien et Bastienne et Annette et Lubin), trop souvent oubliée à l’ombre de son mari.
En 1757, il devient codirecteur de l’Opéra-Comique, qui avait été rétabli en 1752. Dans ces années-là, Favart se partage entre l’Opéra-Comique et la Comédie-Italienne. Durant les années 1750, il est en contact avec Vienne où Gluck revoit la musique de ses pièces.
Au niveau musical et dramaturgique, Annette et Lubin (1762) marque un tournant dans la conception de l’opéra-comique chez Favart : il œuvre désormais dans le nouveau genre de la « comédie à ariettes ». Le comique cède le pas aux sentiments naïfs et vertueux. La musique est presque entièrement originale, et non plus basée sur des vaudevilles. L’œuvre fonctionne donc comme un livret à mettre en musique où le rôle du compositeur (ici Blaise) est appelé à changer : il devient créateur à parts égales avec le librettiste.
L’Anglais à Bordeaux (1763), seul parmi ses ouvrages à être destiné à la Comédie-Française, est écrit à l’occasion de la conclusion de la paix avec l’Angleterre. Favart donne ensuite des livrets pour des compositeurs comme Monsigny, Grétry et Philidor.
En 1772, Justine Favart meurt, et son mari lui rend hommage dans ses Mémoires : « Les talents qu’elle possédait n’étaient rien en comparaison des qualités de son cœur », hommage sans doute dicté par un amour sincère et durable. Favart lui-même meurt vingt ans plus tard dans sa petite maison de Belleville, qu’il habitait depuis un quart de siècle.

Oeuvres

Théâtre

  • 1725 : Ninus et Sémiramis (opéra)
  • 1732 : Polichinelle comte de Paonfier avec Félix de Larguillière
  • 1734 : Partie à Saint-Cloud avec Lespine de Morembert ; Les Jumelles ou les deux jumelles (opéra-comique)
  • 1735 : Le Génie de l’Opéra-Comique ; L’Enlèvement précipité (opéra-comique) ; La Répétition interrompue ou le petit-maître malgré lui (opéra-comique) avec Christophe-Barthélémy Fagan de Lugny et Charles-François Pannard ; La Foire de Bezons avec Charles-François Pannard
  • 1736 : Le Nouveau Parnasse (opéra-comique) ; La Dragonne (opéra-comique) avec Charles-François Pannard ; L’Amour et l’innocence avec Jules-Claude Grandvoinet de Verrière
  • 1737 : Le Vaudeville avec Charles-François Pannard ; Marianne (opéra-comique) avec Charles-François Pannard ; Le Prince nocturne ou le normand dupe ou la pièce sans titre (opéra-comique) avec Charles-François Pannard ; L’Abondance (opéra-comique) avec Adrien-Joseph de Valois d’Orville
  • 1738 : Le Pouvoir de l’amour ou le siège de Cythère ou Cythère assiégée (opéra-comique) avec Christophe-Barthélémy Fagan de Lugny ; Le Bal bourgeois (opéra-comique) ; La Fête de la Halle ou la Halle galante (opéra-comique) avec Denis Carolet et Charles-François Pannard
  • 1739 : Sansonnet et Tonton ; Moulinet premier avec René Parmentier ; Les Réjouissances publiques ; Harmonide
  • 1740 : Arlequin Dardanus avec René Parmentier et Charles-François Pannard ; Pyrame et Thisbé ou la parodie (opéra-comique) ; La Servante justifiée (opéra-comique) avec Christophe-Barthélémy Fagan de Lugny ; La Barrière du Parnasse ou la muse chansonnière (opéra-comique) ; Les Recrues de l’Opéra-Comique ; Les Époux (opéra-comique) ; Les Jeunes mariés (opéra-comique) avec René Parmentier ; Les Fêtes villageoises
  • 1741 : Le Faux niais de Sologne (opéra-comique) avec Charles-François Pannard ; La Joie (opéra-comique) avec Charles-François Pannard ; La Chercheuse d’esprit (opéra-comique) ; Farinette ; Le Qu’en dira-t-on (opéra-comique) avec Charles-François Pannard et Claude Florimond Boizard de Ponteau ; Le Bacha d’Alger (opéra-comique) ; La Fête de Saint-Cloud (opéra-comique) ; Les Valets (opéra-comique) avec Adrien-Joseph de Valois d’Orville ; Les Vendanges d’Argenteuil (opéra-comique) avec Charles-François Pannard
  • 1742 : Le Prix de Cythère (opéra-comique) avec Antoine-René Voyer d’Argenson de Paulmy ; La Fausse duègne ou le jaloux corrigé par force (opéra-comique) avec René Parmentier ; Hippolyte et Aricie avec René Parmentier
  • 1743 : L’Empirique ; Don Quichotte chez la duchesse ; Le Coq de village (opéra-comique) ; L’Ambigu de la folie ou le ballet des dindons ; Les Bateliers de Saint-Cloud (opéra-comique) ; L’Astrologue de village avec Charles-François Pannard
  • 1744 : La Coquette sans le savoir (opéra-comique) avec Pierre Rousseau ; Acajou (opéra-comique) ; L’École des amours grivois (opéra-comique) avec Philippe Bridard de La Garde et M. le Sueur ; Le Bal de Strasbourg (opéra-comique) avec Philippe Bridard de La Garde et M. le Sueur
  • 1745 : Les Comédiens du Mans en Flandres ; Les Fêtes publiques (opéra-comique) avec Philippe Bridard de La Garde, M. Parvi et M. le Sueur ; L’Île d’Anticire ou la folie médecin de l’esprit (opéra-comique) ; L’Amour au village (opéra-comique) avec Denis Carolet ; Thésée avec Pierre Laujon et M. Parvi ; Les Vendanges de Tempé
  • 1747 : Les Nymphes de Diane (opéra-comique) ; Les Amours grivois (opéra-comique) avec Philippe Bridard de La Garde et M. le Sueur
  • 1750 : Zéphire et Fleurette (opéra-comique) avec Pierre Laujon et Charles-François Pannard ; Les Âges en récréation
  • 1751 : Les Amants inquiets ; Les Indes dansantes ; Les Amours champêtres ; Arlequin et Scapin voleurs par amour ; L’Impromptu de la Cour de marbre
  • 1752 : La Vallée de Montmorency ou les amours villageois ; Fanfale avec Pierre-Augustin Lefèvre de Marcouville ; Tircis et Doristée ; Alceste avec Germai-François Poullain de Saint-Foix
  • 1753 : Baïocco et Serpilla ; La Rose ou les fêtes de l’hymen avec Philippe Bridard de La Garde et M. le Sueur ; Raton et Rosette ou la vengeance inutile ; Les Amours de Bastien et Bastienne avec Marie-Justine-Benoîte Duronceray et Harni de Guerville ; La Coquette trompée avec François-Augustin Paradis de Moncrif
  • 1754 : La Fête d’amour ou Lucas et Colinette avec François-Augustin Paradis de Moncrif
  • 1755 : Le Caprice amoureux ou Ninette à la cour ; Le Retour du printemps avec Denis Ballière de Laisement ; La Bohémienne
  • 1756 : Les Chinois avec Jacques-André Naigeon ; L’Amant jardinier ou les amusements de campagne avec Claude-Henri de Fusée de Voisenon ; L’Amour impromptu ; Le Mariage par escalade (opéra-comique)
  • 1757 : La Répétition interrompue ou le petit-maître malgré lui (opéra-comique) avec Christophe-Barthélémy Fagan de Lugny et Charles-François Pannard ; La Petite Iphigénie avec Claude-Henri de Fusée de Voisenon ; Les Ensorcelés ou Jeannot et Jeannette ou la nouvelle surprise de l’amour avec Marie-Justine-Benoîte Duronceray, Jean-Nicolas Guérin de Frémicourt et Harni de Guerville ; Le Café
  • 1758 : La Noce interrompue ; La Fille mal gardée ou le pédant amoureux avec Marie-Justine-Benoîte Duronceray et Jean-Baptiste Lourdet de Santerre ; L’Assemblée des comédiens du Mans ; La Soirée des boulevards
  • 1759 : La Lanterne magique ; Pétrine ; La Parodie au Parnasse (opéra-comique) ; Le Retour de l’Opéra-Comique
  • 1760 : La Ressource des théâtres ; Le Procès des ariettes et des vaudevilles avec Louis Anseaume ; Supplément de la soirée des boulevards avec Jean-Nicolas Guérin de Frémicourt et Charles-François Pannard ; La Nouvelle troupe avec Louis Anseaume et Claude-Henri de Fusée de Voisenon ; La Fortune au village avec M. Bertrand et Marie-Justine-Benoîte Duronceray
  • 1761 : L’Amour naïf avec M. Chevalier, Marie-Justine-Benoîte Duronceray et Jean-Baptiste Lourdet de Santerre ; Les Trois Sultanes ou Soliman Second
  • 1762 : Annette et Lubin avec Marie-Justine-Benoîte Duronceray, Claude-Henri de Fusée de Voisenon et Jean-Baptiste Lourdet de Santerre ; La Plaideuse ou le procès
  • 1763 : L’Anglais à Bordeaux ; Les Fêtes de la paix
  • 1765 : Les Albanes ou l’amour vengé avec Claude-Henri de Fusée de Voisenon ; L’Amour fugitif avec Claude-Henri de Fusée de Voisenon ; Les Amours de Gonesse (opéra-comique) avec Sébastien-Roch-Nicolas de Chambort et De Manilglaise ; Isabelle et Gertrude ou les Sylphes supposés ; La Fée Urgèle ou ce qui plaît aux dames avec Claude-Henri de Fusée de Voisenon 
  • 1766 : La Fête du château avec Jean-Baptiste Lourdet de Santerre
  • 1768 : Les Moissonneurs avec Claude-Henri de Fusée de Voisenon
  • 1769 : L’Amant déguisé ou le jardinier supposé avec Claude-Henri de Fusée de Voisenon ; La Rosière de Salency
  • 1770 : L’Amitié à l’épreuve
  • 1773 : La Belle Arsène
  • 1774 : La Fête de Lucienne avec Claude-Henri de Fusée de Voisenon ; Le Bal du carnaval
  • 1775 : Les Fêtes de Passy
  • 1776 : La Matinée, la soirée et la nuit des boulevards ; La Confiance imprudente (opéra-comique)
  • 1779 : Les Rêveries renouvelées des Grecs avec Jean-Nicolas Guérin de Frémicourt
  • 1791 : La Vengeance du bailli, suite d’Annette et Lubin
  • 1799 : Le Général suédois (opéra-comique)
  • L’Égyptienne ; L’Homme à tout le monde ; La Mère coquette ; Le Mitron et la mitronne ou les amours de Gonesse ; Le Bal masqué ; Les Trois Nannettes ; Le Bon accord ; Le Petit-Maître malgré lui (opéra-comique) ; Le Turc généreux ; La Boutique du poète ; La Plaisanterie de la campagne ou l’amant jardinier ; Le Nouveau monde ; Les Amours de Gogo ; La Moucheuse de chandelles ; La Cour de marbre